L'Église St-Cyr et Sainte-Julitte - Saint-Cyr-les-Colons

HISTOIRE

C’est dans un règlement liturgique de la cathédrale d’Auxerre, daté de la fin du VIe siècle, que sont mentionnés le village de « Decimiacus » et son monastère placé sous le vocable de saint Cyr, jeune chrétien et de sa mère, sainte Julitte, martyrs en Cappadoce (Asie Mineure) à la fin du IIIe siècle ; saint Amatre, évêque d’Auxerre de 386 à 418, en ramena les reliques en Gaule. Il semblerait que, par la suite, le monastère, qui disparaît rapidement des sources, ait laissé son nom au village et à son église qui, au IXe siècle, font partie des biens de la grande abbaye bénédictine Saint-Germain à Auxerre. Ils le resteront en partie jusqu’à la Révolution. Le nom du hameau de Vaugermain (le Val de St-Germain) en témoigne encore de nos jours.

Quant au suffixe « les Colons », il s’explique par la présence, au nord de la commune, le long de la route de Chablis, d’un ancien village nommé « Columnus » (Coulon, puis Colons), qui a disparu à la fin du Moyen Âge. « Les-Colons » signifie alors « près de Coulon ».

ARCHITECTURE

Trois phases chronologiques, bien distinctes en façade, caractérisent l’église. L’édifice premier, de la seconde moitié du XIIe siècle, présente une porte en plein-cintre, protégée de toute intrusion par un dispositif nommé « assommoir » qui permet, depuis le sommet des voûtes, de lancer pierres ou flèches sur les assaillants, sur le modèle des machicoulis de château. La fin du XVe ou le début du XVIe siècle sont marqués par un agrandissement de l’église avec l’adjonction de deux bas-côtés et des croisillons du transept.

Enfin au XVIIIe siècle, la pose d’une toiture à pans couvrant d’un seul jet nef et bas-côté imprime à l’édifice sont aspect trapu, et du coup obture les baies de la nef, désormais aveugle.

A l’intérieur, l’état de la nef résulte d’une « restauration » assez brutale menée en 1874-1876. En témoignent aussi les chapiteaux néo-romans, de piètre qualité, qui ornent la croisée du transept. Seul le beau chœur, à chevet plat, reste authentique. Prémisse du gothique, la croisée d’ogives, qui en soutient la voûte, date des années 1130-1140 ; c’est l’une des toutes premières de la région. D’élégants chapiteaux au décor végétal ou à griffons affrontés encadrent les baies plein-cintre.

MOBILIER REMARQUABLE

L’ancien maître-autel, avec sa table, ses gradins, son tabernacle à ailes et son exposition constituent la pièce majeure du mobilier de l’église. Réalisé en bois peint à l’imitation du marbre, il pourrait correspondre à celui mentionné dans une lettre du curé de St-Cyr qui, en 1662, remercie son évêque, Mgr Nicolas Colbert, du don fait à son église d’un nouvel autel. Lors du démontage pour restauration, il est apparu que cet autel en bois couvrait un ancien autel en pierre, datant probablement des XV ou XVIe siècle.

De nombreux fragments de sculptures en pierre polychrome ont été mis au jour lors de la réfection du sol de la sacristie en 1998. Le mur de refend qui soutenait le plancher était en partie composé de restes des statues du XVIe siècle, aujourd’hui exposée dans la chapelle sud de la nef : on retiendra notamment un beau saint Jean-Baptiste et une sainte Julitte tenant par la main son petit garçon Cyr.  Il se pourrait que les Guerres de Religion, qui ont ravagé le pays au XVIe siècle, soient à l’origine de ce vandalisme.

La statue en pierre polychrome de la Vierge à l’Enfant, datée du XVIIe siècle, présente une curieuse particularité. Les deux têtes, celle du petit Jésus et celle de sa Mère, sont en effet bizarrement coiffées « à la Récamier », typique de l’époque napoléonienne, car les figures, décapitées à la Révolution, ont été restaurées sous le Ier Empire.

La Vierge qui figure en vitrail au centre de la grande baie du croisillon sud date de 1880.

TRADITIONS, LEGENDES & CURIOSITES

Le couvercle de sarcophage mérovingien (VI-VIIe s.) déposé le long du mur sud de l’église a été découvert en 1966 au lieu-dit la « Côte-St-Martin », à l’emplacement du village disparu de Columnus / Coulon.