L'Église Saint-Pierre-aux-Liens - Stigny

De l’église primitive citée au XIème siècle, il ne reste rien. Nous avons une construction très imposante au pied de la colline de Faugelot. Le plan est celui de la croix latine, quoique le transept soit un peu tronqué. Il vaudrait mieux parler ̏des constructions ̋ relevant un peu du guingois, sol de la nef en pente, nef/choeur désaxée, et trois emmarchements. Deux grandes périodes, le choeur, l’abside, le clocher… de la première moitié du XVIème ; et la nef Classique du XVIIIème. L’église a connu bien des péripéties, la ruine, le feu de la toiture du clocher.

Le clocher

Cette très haute tour carrée comporte quatre étages marqués par un bandeau. Un escalier à vis en pierre logé dans une tourelle engagée dans la muraille permet d’accéder au 1° étage, ensuite il faut continuer avec des échelles de meunier pour arriver jusqu’au beffroi. Autrefois, Les cadrans d’horloge étaient à l’angle Sud-Ouest, maintenant dans les baies en ogives. Nous évoquerons les trois cloches ultérieurement. Aux angles quatre gargouilles représentant des animaux, ce serait le tétramorphe : la symbolique des quatre évangélistes. Le lion : St-Marc, l’aigle : St-Jean, le boeuf ou le veau : St-Luc et l’ange ou l’homme : St-Mathieu (meilleure vue depuis le chemin de ronde). Une couronne de modillons (bien bourguignons) avant le toit d’ardoise en pavillon refait en 1980, en tuile au XVIIIème ; encore en bardeaux de bois en 1725. La croix qui domine aurait été forgée au village par Jean Gautier, quant au coq il a été remplacé le 26/11/1980. Le poids de cette tour ne peut que contribuer à la solidité du choeur, côté Sud répond un contrefort beaucoup plus gros.
Avant de quitter cet endroit, bien voir les ancres en haut du bas-côté Nord, les caniveaux, les contreforts de la nef de 1728 ; avec plusieurs marques dont une fleur de lys. Retourner vers la rue qui se terminait par des constructions et le mur d’enceinte jusqu’en 1845.
NOTA : le presbytère est connu à cet endroit depuis longtemps (1281-1331), mais la famille TISSERAND y vend différents bâtiments à la commune en 1827. En 1844-1845, l’architecte Henri MONNIOT de Châtillon-sur-Seine 21 dirige la construction de la maison curiale (identique à celle de Puits 21), et le prolongement de la Grande rue en direction de Jully qui était en cul de sac auparavant.

Le portail

Il s’agit vraiment de l’architecture Classique. Il a été refait entièrement en pierre de taille selon les devis et plans de l’architecte Claude Louis DAVILER. Le millésime 1763 figure au fronton triangulaire, supporté par deux énormes pilastres encadrant les portes, surmonté d’une imposte en plein cintre. Au-dessus un bas-relief, trois anges en gloire. On retrouve ce même décor par DAVILER au clocher-porche d’Arces 89 et au portail de la cathédrale St-Mammès de Langres 52. A l’époque cinq marches circulaires. Bien avant la mairie, c’est sur ce parvis que la communauté des habitants et leurs syndics prenaient leurs grandes décisions, au sortir de la messe.
Nous rentrons maintenant dans l’église, vous voyez son immensité : 33,50m de long, 7,30m de large à la nef, des voûtes à 9,85m ; il faut dire qu’il y avait 575 habitants en 1795. En 1835, 397 places sont répertoriées.

La nef

Le dictionnaire des architectes français de BAUCHAL (1887) donne BERGEOT comme l’auteur de la restauration de cette nef au XVIIIème (il a oeuvré nulle part ailleurs, et nous ne trouvons aucun devis ou plan). Par contre, Claude-Louis DAVILER a donné un très grand devis de travaux pour cette église en 1761, lesquels ont été exécutés. Il était attaché à la Maîtrise des eaux et forêts de Sens. (Parmi ses travaux : réparation de la tour de l’église de Moulins-en-T. restauration des églises de Molosmes, Andryes, Les Sièges, Vermenton, Bellechaume, l’abbaye d’Auberive, le portail de la cathédrale St-Mammès de Langres ; mais surtout le clocher-porche de l’église d’Arces, l’abbaye de Moutiers-Saint-Jean). Il nous faut passer une longue énumération de dates et d’évènements pour comprendre cette nef.
02/01/1701 : procès-verbal pour constater l’état de grande misère des habitants, beaucoup trop imposés (pas de pain, plus de bois à couper), le clocher, l’église et la fontaine sont en ruines.
12/10/1725, et 05/11/1725 : Le charpentier Henri LAMARRE de Stigny, Edme VOLAGE maître-maçon à Tonnerre, Edme BERGEROT maître-charpentier à Tonnerre, et Jacques De VIE maître-couvreur donnent leur devis. Les murs de la nef sont dangereusement écartés suite à la trop lourde charge de la toiture en laves. Des tuiles et quatre contreforts sont recommandés. 

20/08/1726 : les habitants en appellent au Conseil du roi. Ils seront autorisés à couper deux cents arpents de baliveaux pour rétablir l’église et le presbytère en ruines.
08/06/1728 : pose des premières pierres des piliers des murs goutterots de la nef. (Malgré un usurpateur, chargé des travaux et du devis, allant même jusqu’à empêcher que la nef soit voûtée ; le curé ayant pourtant offert quatre cents livres pour cette voûte).
17/07/1731 : il manque des fonds pour terminer les travaux. Le Conseil du roi autorise encore une vente de bois.
29 /09/1761 : Claude-Louis DAVILER nous donne un très long devis et des plans (non-retrouvé) concernant le clocher, le portail, la nef, les chapelles du transept, les bas-côtés et le choeur autant pour ce qui est du bâti que pour ce qui est de l’ornementation ; ce devis concerne aussi le cimetière, le presbytère, la canalisation des eaux arrivant des collines, la fontaine au centre du village, la ferme de la Comté.
13/11/1762 : à Sens, l’adjudication des travaux est emportée par Jacques CEARD de Bligny.
12/05/1773 : c’est la réception des travaux par l’architecte François BURON (DAVILER étant décédé en 1764).

La chapelle du transept

Elles sont voûtées d’ogives, avec des culots bien décorés (feuilles de chêne, glands, ange porte-écusson) dans celle du Sud dite « chapelle de la Vierge » au XVIIIème, en appentis ; qui sert de sacristie. En 1865, elle est réputée pour ses magnifiques boiseries. Tombe du fermier des moines décédé en 1766. Celle du Nord est sous le clocher, d’où démarre l’escalier dans la petite tour. Pour chacune d’elles, DAVILER demande un agrandissement des portes qui donnent dans les bas-côtés, la suppression des meneaux des ouvertures. Voir les deux statues, sans oublier celle du clocher.

Le choeur

On peut voir deux travées d’ogives à liernes et tiercerons, relevant bien de l’art Gothique ; et des arcs de renfort. Ces nervures pénètrent directement dans deux gros piliers inégaux, celui du Nord marqué 1546. La grille de communion est la commande de DAVILER en 1761. Le lutrin-aigle a été offert par le maître-menuisier de Stigny Edme MONTENOT et sa femme en 1724 (la croix Ste-Anne de 1738, route de Jully nous rappelle bien ce couple).

L’abside

Elle est polygonale à trois côtés, éclairée par de très hautes baies, avec meneau et remplages supérieur. Le maître-autel, consacré en 1902 est un don d’Eugénie MONTILLAC en mémoire de son époux (négociant en vins à Paris) décédé en 1881.

Les bas-côtés

Les voûtes sont aussi formées de deux travées d’ogives. Au Nord la chapelle St-Laurent recevra un tableau ̏St-Laurent ̋ sur le brasier commandé par DAVILER (on retrouve bien cette oeuvre lors de l’inventaire du 21/12/1793). Plusieurs bienfaiteurs offrent des vitraux en 1893. Parmi les dédicaces : St-Laurent, St-Eugène, St-Pierre, St-Antoine… Quelques réparations en 1985 par les VINNUM de Troyes.
Au Sud, la chapelle (dédiée à St-Jean en 1673, puis à St-Antoine) réservée aux seigneurs ou nobles personnages… A son décès le 15/03/1680, Antoine de Bretagne seigneur de Stigny est reçu dans cette chapelle côté midi, qu’il avait fait décorer de boiseries et fermer de balustres par le maître-menuisier Jean de CHANNIRAY d’Argenteuil-sur-Armançon 89, en 1673. Voir le lavabo joliment décoré. Au sol, la sépulture de Marie De LESQUE, décédée le 27/02/1587. Elle était l’épouse de Claude de MONTCRIF, seigneur de Bellenod, archer de la Garde écossaise du roi en 1551-157827. En 1570, le couple avait échangé du terrain avec les habitants pour améliorer les fossés et les fortifications du village. Les MONTCRIF sont originaires d’Ecosse (MONCREIFF). Marie De LESQUE est aussi issue d’une famille écossaise (son père Alexander LECKIE ou De LESQUE est archer de la Garde écossaise du roi). En 1632, un Lazare de MONTCRIF est seigneur de Pougy, Bouy, et Stigny. En 1653, les MONTCRIF avaient encore un banc dans l’église ; qu’ils cédèrent aux BRETAGNE. A gauche, deux autres sépultures plus anciennes sans inscription. Notons que cinq prêtres sont enterrés dans le choeur et dans la nef 1641-1653-1678-1690-1721.

02/11/1789 : l’Assemblée nationale décrète la confiscation des biens du clergé. A Stigny, deux inventaires sont faits : 03/08/1790 et 21/12/1793 (titres, mobilier, ornement…), avant des ventes par adjudication.
08/09/1878 : Vente des boiseries comportant le retable de l’église à la veuve GUYOT, marchande de meubles à Châtillon-sur-Seine.
07/03/1906 : Inventaire lors de la séparation de l’église et de l’état (loi de 1905).
1971 : Suppression des stalles, de la chaire, et des grilles en bois du choeur.