L'Église Saint-Jean-Baptiste - Vermenton (Sacy)
HISTOIRE
Située sur la route qui mène d’Avallon à Auxerre en passant par le ru de Sacy, la seigneurie du même nom était au XIIe siècle possession de l’évêque d’Auxerre. Au siècle suivant, elle est partagée entre ce dernier et les chevaliers Hospitaliers dont la commanderie de Sacy est connue depuis 1190.
Cet ordre militaire, comparable aux Templiers, tire son nom du fait qu’il gérait l’hôpital St-Jean- Baptiste de Jérusalem pour y héberger les pèlerins parvenus en Terre Sainte. C’est l’ancêtre de l’actuel Ordre de Malte. Il semble qu’au XIVe siècle l’évêque d’Auxerre leur ait donné le patronage de la paroisse et donc de la cure.
L’imposante église de Sacy, témoin de la puissance et du rayonnement des chevaliers, est placée sous le vocable du saint patron de l’Ordre, Jean-Baptiste, ou, plus exactement, sous l’invocation de la « décollation » (décapitation, en ancien français) du prophète Jean, cousin et précurseur du Christ qu’il baptise dans le Jourdain.
ARCHITECTURE
A l’extérieur
En se plaçant le long de l’édifice, on en perçoit aisément les deux phases architecturales qui en composent l’architecture. La première partie, qui va de la façade occidentale au clocher compris, peut -être daté de la seconde moitié du XIIe siècle (vers 1150-1180) et relève de l’art roman. Le XIIIe siècle voit la reconstruction du transept et du chœur, élevés en style gothique vers 1240-1250.
De la phase romane, on retiendra surtout le superbe clocher élevé non à la croisée du transept, comme c’est souvent le cas, mais sur la travée droite du chœur roman, qui précédait l’ancien sanctuaire. Un premier niveau décoré de deux arcatures aveugles, permet de passer du plan carré de la voûte à l’octogone ; le second niveau, souligné par un délicat cordon en « pointes de diamants », est percé d’élégantes baies géminées. Chef d’œuvre d’équilibre architectural, ce clocher semble, directement inspiré de modèles présents en Bourgogne du sud, en Brionnais au diocèse d’Autun par exemple.
Quant au transept et au chœur gothiques, encadrés par de hauts contreforts, ils impressionnent par leur puissance et leur dynamique verticale ; celle-ci s’exprime ici avec force grâce aux fines baies élancées en arc brisé qui pointent vers le ciel, baies jumelles au transept, baies « en triplet » au chevet.
A l’intérieur
Le contraste est saisissant quand on pénètre dans l’édifice, entre la nef romane, plutôt sombre, et le haut choeur gothique inondé de lumière. Mais cela ne correspond pas vraiment aux dispositions d’origine car la nef et les bas-côtés ont été profondément modifiés lors de la restauration menée par l’architecte Piéplu vers 1860-1864. En effet, ce dernier rehausse les bas-côtés, ce qui aveugle les baies hautes de la nef, désormais bouchées ; il reprend aussi la quasi-totalité des voûtes d’arrête et transforme certains arcs doubleaux, à l’origine en arc brisé, en arc plein-cintre, pour les « romaniser ».
La nef est séparée des bas-côtés par de solides arcades en arc brisé à doubles rouleaux reposant sur une série de chapiteaux remarquables ; sa voûte repose sur de puissantes piles carrées flanquées, vers la nef, de colonnes engagées, ou de pilastres sur les bas-côtés.
Le chevet plat du chœur constitue une une véritable « paroi lumineuse » avec les baies en triplet dont l’élément central, plus haut que les deux autres, conduit le regard vers le ciel.
MOBILIER REMARQUABLE
Chefs d’œuvre de la sculpture gothique, deux statues monumentales en pierre du XIVe siècle se font face de chaque côté du sanctuaire : au nord, barbu et hirsute, le prophète Jean-Baptiste, saint patron de l’église ; ermite et prédicateur au désert, revêtu d’une peau de chameau conformément au texte de l’Ecriture, il désigne de son index droit l’Agneau, symbole du Christ crucifié. Au sud, Jean, jeune et habillé d’une tunique, tient le livre de l’Evangile dont il est l’auteur. On peut supposer que sa main droite tenait jadis une palme, attribut symbolique des martyrs.
Le croisillon sud du transept abrite un superbe grand crucifix en bois peint du début du XVIe siècle ; aux extrémités de la croix, figurent en médaillon les symboles des évangélistes (le taureau ailé de saint Luc, l’Homme ailé de saint Mathieu, le lion ailé de saint Marc ; manque l’aigle de saint Jean originellement placé au sommet.
De nombreux fragments de décor peint sont perceptibles sous les enduits des murs et des voûtes du chœur gothique ; faux joints ocres et décors géométriques sont caractéristiques de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle.