L'Église Saint-Cyr et Sainte-Julitte - Nuits-sur-Armançon

HISTOIRE

Située sur la voie gallo-romaine reliant Sens à Alesia (Alise-Ste-Reine, Côte d’Or), le bourg de Nuits apparaît dans les archives en 1145 sous le nom de « Nuids », dans un document mentionnant un don de terre au profit des Templiers de la commanderie de St-Marc toute proche.

Au départ simple succursale d’Asnières, Nuits fut érigée en paroisse autonome en 1682. Elle était sous le patronage de la grande abbaye bénédictine de Moutiers-St-Jean, qui en nommait le curé et en touchait une partie des revenus, et relevait, jusqu’à la Révolution, du diocèse de Langres.

L’église est placée sous l’invocation du jeune Cyr et de sa mère, Julitte, martyrisés en Cappadoce (Asie Mineure) à la fin du IIIe siècle ; saint Amatre, évêque d’Auxerre de 386 à 418, en ramena les reliques en Gaule au début du Ve siècle.

ARCHITECTURE

Daté du XIIe siècle, le portail de façade témoigne avec simplicité et élégance du passé roman de l’édifice ; les colonnettes sont surmontées de chapiteaux au motif « en crosses », en léger relief, et de tailloirs à décor de bandeaux en baguettes ou d’ocelles (petits cercles). Le tympan se voit sobrement orné d’une croix pattée inscrite dans un cercle et cantonnée de quatre petits motifs circulaires ou en croix. La petite baie en plein-cintre (demi-cercle) qui surplombe l’auvent du portail date aussi de cette période. Il en donc est certainement de même pour la nef, dotée d’une voûte en arc brisé, mais elle a été depuis très profondément remaniée.

Le chœur et son sanctuaire, reconstruits à la fin du XVe ou au tout début du XVIe siècle, constituent l’autre élément remarquable de l’édifice. Cette partie de l’église appartient à un projet de reconstruction globale de l’édifice ; mais le chantier est resté inachevé, comme le montrent bien les différences de hauteur et de style entre le chœur et la nef accompagnée de son clocher d’origine. Cela s’explique ; en effet, selon l’usage, le chœur relève du patron de la paroisse, ici, la puissante abbaye de Moutiers-St-Jean, tandis que la nef reste à charge de la communauté paroissiale, qui n’a pas toujours les moyens de poursuivre le chantier.

Largement éclairé par de larges et hautes baies de style flamboyant, le sanctuaire, partie la plus sacrée de l’église, est magnifiquement décoré d’ogives au réseau complexe et aux belles clefs pendantes. A l’extérieur, les puissants contreforts sont dotés de niches aux dais et culots délicatement sculptés. On remarquera en particulier sur deux culots les inscriptions « AVE » et « MA », soit « Ave Maria » (« Je vous salue Marie »).

MOBILIER REMARQUABLE

Le magnifique « lavabo » liturgique qui orne le côté droit du sanctuaire est un chef d’œuvre de la sculpture de la fin de l’époque gothique et du début de la Renaissance (XVIe s.). Des scènes de la Genèse qui la décorent, on retiendra particulièrement la création d’Adam et Eve, la défense de goûter au fruit défendu, le péché originel, Adam et Eve chassés du paradis, puis condamnés respectivement au travail sur terre et aux douleurs de l’enfantement.

Sur le devant du maître-autel réalisé au XIXe siècle figure la scène du martyre de Cyr et de Julitte sa mère. Le gouverneur romain de Cappadoce, qui a fait arrêter Julitte et son jeune fils Cyr, les condamne au supplice devant leur refus de renoncer à leur foi chrétienne. Julitte est cruellement fouettées, tandis que son fils est violement fracassé sur les marches du podium portant le siège du gouverneur.