L'Église Saint-Pierre - Chablis
HISTOIRE
Chablis possède deux églises. La plus célèbre, St-Martin, située au cœur du bourg et aujourd’hui paroissiale, était jadis une église collégiale, desservie par un « collège » (communauté) de chanoines, religieux non cloîtrés ; située au faubourg, St-Pierre était jusqu’à la Révolution l’église paroissiale de la ville.
Vidée de ses chanoines par la Révolution en 1791, St-Martin devient alors église paroissiale, tandis que St-Pierre se voyait désaffectée et partiellement démolie. Rachetée en 1804 par les habitants du faubourg, l’édifice, de nouveau consacré au culte, devient dès lors une simple chapelle, ce qui le sauve de la destruction totale.
ARCHITECTURE
L’église date de la seconde moitié du XIIIe siècle, mais le chœur et le transept, aujourd’hui disparus, avaient été reconstruits au XVIe. Elle est en fort mauvais état au XVIIIe siècle, et son clocher, originellement placé à la croisée du transept, s’effondre en 1726 ; il fut reconstruit en façade, entre 1732 et 1748.
La démolition du choeur et du transept entre 1792 et 1804 s’accompagne de celle d’un autre édifice, jadis situé au sud immédiat de St-Pierre ; il s’agit d’une petite église (chapelle ?), dite « Ste-Marie de Charlemagne », car la tradition en fait une création du célèbre empereur, ou encore « du Rosaire », car la confrérie du même nom y avait son siège. L’arc brisé visible dans le mur sud de la première travée de St-Pierre atteste encore du passage qui reliait jadis les deux églises.
Les travées les plus orientales, élevées vers 1160-1170, renvoient au style gothique dit « premier » ; en témoignent en particulier les chapiteaux à larges feuilles, hérités de la tradition romane. La dernière travée, du côté du clocher, semble plus tardive (vers 1200 ?), comme le suggèrent ses chapiteaux gothiques dits « à crochets ».
Visibles du côté est, à l’extérieur, les vestiges du chœur démoli conservent de superbes chapiteaux datés de la première phase. Ils se distinguent par leur élégance et la finesse de leur décor réalisé sous forme de fines rangées de petits trous forés au trépan. Sur les colonnes subsistent un certain nombre de « marques de tâcherons », en particulier en « S » ; c’est la signature des tailleurs de pierre, alors payés à la tâche.
MOBILIER REMARQUABLE
Les deux statues les plus anciennes, saint Pierre Apôtre (XIIIe s.) et saint Pierre pape (vers 1300), ont été découvertes enfouies dans le cimetière en 1836, et transférées dans l’ancienne collégiale St-Martin.
L’église conserve d’autres statues en pierre, des XVI-XVIIIe siècle. On retiendra en particulier une belle Vierge à l’Enfant, un rare Moïse portant les tables de la Loi, ou encore un saint Nicolas.
La plaque de fondation funéraire visible dans le bas-côté sud est celle de Nicolas Henry, « bourgeois de Chablis », décédé en 1670. Un office annuel à sa mémoire est institué tous les 6 décembres, jour de la fête de son saint patron.
TRADITIONS, LEGENDES & CURIOSITES
Remarquer les modillons sculptés de la corniche du mur sud de la nef (fin du XIIe s.) ; humains, animaux et végétaux s’y côtoient.