La Collégiale Saint-Martin - Chablis

HISTOIRE

Les origines

Chablis apparaît dans l’histoire en 867, quand le roi Charles-le-Chauve, petit-fils de Charlemagne, fait don de sa terre de « Capleia » à la grande abbaye Saint-Martin de Tours, gardienne des précieuses reliques de Martin, le grand « Apôtres des Gaules », mort en 397. Le territoire donné comprend des terres, des vignes, des bois, ainsi qu’un petit monastère, placé sous le vocable de Saint-Loup.

En 872, craignant les raids des Vikings qui pillent villes et abbayes en remontant en bateau le cours de la Loire, les religieux de Tours mettent les reliques de leur saint patron à l’abri sur leur domaine de Chablis. Les pillards menaçant le pays chablisien, les précieux restes sont ensuite transportées à Auxerre, où elles sont déposées en sureté dans l’abbaye Saint-Germain.

Le chapitre

On peut avancer l’hypothèse selon laquelle, à la suite de ce passage des reliques, le petit monastère St-Loup se transforme en collégiale, sous le vocable de Saint-Martin. Les chanoines remplacent alors les moines. Ces religieux, non cloîtrés, au nombre d’une dizaine, forment une communauté, un « collège », chargé d’assurer la prière au cours des sept offices quotidiens chantés au chœur de leur église.

Précisons que ces chanoines n’ont pas de charge pastorale ; les actes et pratiques ordinaires de catholicité (baptêmes, messe dominicale, confession, mariages, funérailles…) relèvent du curé, qui officie dans l’église paroissiale Saint-Pierre, située au faubourg du même nom.

Jusqu’à la Révolution, le prévôt (supérieur) du chapitre exerce la seigneurie de la ville en alternance avec le bailli, représentant du roi. Le blason de Chablis porte donc les symboles des deux pouvoirs :  Martin partageant son manteau, pour le chapitre, et les fleurs de lys pour le roi.

Les travaux

Progressivement bâtie entre la fin du XIIe et la fin du XIIIe siècle, l’église actuelle a subi un important incendie au XVIIe siècle, à une date précise que cependant nous ne connaissons pas. Menée à partir de 1673, la reconstruction s’est faite dans le respect global du style architectural d’origine, le gothique.

En mauvais état au lendemain de la Révolution, l’édifice fait l’objet d’une vaste campagne de restauration menée de 1849 à 1858 sous la houlette d’Emile Amé, collaborateur de Viollet-le-Duc. On lui doit le campanile de style néo-gothique érigé en 1852. En témoignent, à l’extérieur, sous la corniche et sur les contreforts, une série de modillons sculptés issus de l’imagination des restaurateurs du XIXe siècle.

ARCHITECTURE

Chef d’oeuvre du gothique, la collégiale fait l’objet d’un long chantier qui s’étale sur plus d’un siècle.

 

Le chœur

Erigé dans les années 1180-1200, le chœur est l’un des tout premiers élevé en style gothique sur le territoire de l’Yonne actuelle, avec ceux de Pontigny et de Vézelay. Le choix a été pris de l’élévation dite « ternaire », remarquable d’équilibre : grandes arcades sur de puissantes colonnes monolithiques, triforium (fausse galeries) hautes baies vitrées.

La nef

La nef, bâtie dans la seconde moitié du XIIIe siècle, présente la particularité d’avoir été couvertes de voûtes dites « sexpartites » (à six pans) ; les ogives en X retombent aux quatre angles de chaque travée su des piles dites « fortes », tandis qu’une ogive, transversale et intermédiaire, qui reçoit une charge nettement moindre, retombe sur des piles dites « faibles ». Hérité du gothique primitif, ce mode de voûtement est par exemple présent dans la cathédrale de Sens, élevée vers 1130-1160.

La travée la plus occidentale, la façade et le mur du bas-côté nord ont été reconstruits dans la seconde moitié du XVIIe siècle, à la suite de l’incendie qui a fortement endommagé l’église. Cela explique le style classique de la grande façade, surmontée s’une sculpture en haut-relief de la « charité saint Martin », hélas aujourd’hui mutilée.

Le portail sud

Quant à la, porte sud, elle est remarquable pour son tympan et ses portes. Encadré par une archivolte de forme dite « plein-cintre », c’est -à-dire en demi-cercle, héritée de la tradition romane, le tympan est marqué d’une croix au centre de laquelle figure l’Agneau, figure du Christ crucifié. On peut penser que les deux animaux qui la flanquent symbolisent l’un (l’oiseau) le bien et l’autre (le petit « dragon ») le mal.

Mais la grande originalité du portail réside dans son exceptionnelle porte avec ses pentures en fer ouvragées du XIIIe siècle et ses cent-onze fers à chevaux cloués sur les planches. Il s’agit d’ex voto, objets symboliques marquant la demande d’intercession fait envers la Vierge ou un saint ou bien déposés en remerciement d’un vœu exaucé. Ici, les fers, de date incertaine, se rapportent au culte de saint Martin, protecteur des chevaux et cavaliers. Ce portail est le dernier de ce type conservé en France ; un autre plus modeste, orné de dix fers, se voit encore en place à l’église Sant Marti (Saint-Martin) de Cassà del Pelras en Catalogne.

MOBILIER REMARQUABLE

La statuaire

Près de la porte latérale, les deux statues en pierre qui se dressent sur leur socle ont été trouvées en 1836 enfouies dans le cimetière qui entoure l’ancienne église paroissiale St-Pierre. La première montre Pierre apôtre, en tunique, pieds nus, le Livre des Saintes Ecritures en main et les clefs en main ; l’expressivité du visage est saisissante. C’est un chef d’œuvre de la sculpture gothique du milieu du XIIIe siècle.

L’autre statue, datée des environs de 1300, est encore celle de l’Apôtre Pierre, mais en pape cette fois, puisque successeur du Christ et premier chef de l’Eglise. La mitre conique en constitue la caractéristique vestimentaire.

 

Les meubles

Une grande partie du mobilier reste attaché à la phase de restauration de l’édifice menée au XIXe siècle. En témoignent en particulier le beau bénitier en cuivre placé près de l’entrée, l’orgue, la chaire monumentale, de style néo-gothique. De cette époque date aussi le décor peint et le mobilier, autel et baptistère, de la chapelle sud, réservée aux fonts baptismaux.

 

Divers

Placé dans la chapelle du Saint-Sacrement, le reliquaire en bois doré, daté du XVIIe siècle, conservait autrefois les reliques de saint Epain, Selon la tradition, Epain et sa mère ont été baptisés par saint Martin de Tours au IVe siècle, puis martyrisés par les Goths. Ls reliques, probablement apportées à Chablis en 872, avec celles de saint Martin, furent dispersées par les Protestants lors du sac de la ville en 1569.