L'Église Saint-Pantaléon - Ravières

HISTOIRE

La plus ancienne mention du territoire de Ravières date de 721 ; à cette date, un riche propriétaire du nom de Wiré, fondateur de l’abbaye de Flavigny (actuelle Côte d’Or) dote de biens le sanctuaire d’Alesia (Alise-Ste-Reine) tout proche, qui en dépend et qui conserve le corps de Reine, jeune martyre du IIIe siècle. Le testament énumère une série de biens fonciers situés « au pays de Tonnerre », dont « Rabarias » (Ravières), Ancy, Chichée, Villon, Ancy.

L’église est placée sous le paronage de saint Pantaléon, médecin converti à la foi chrétienne et martyrisé à Nicomédie par « décollation » (décapitation) au IVe siècle. Son nom grec signifie « plein de compassion avec tous ». La tradition le présente comme « médecin des pauvres » ; il guérit par imposition des mains, ce qui finit par convaincre son père de se convertir à son tour. Il est le saint patron des médecins. Sa statue, du XVIe siècle, orne le trumeau (pilier central) du grand portail. Coiffé de son bonnet de médecin, tenant en main la palme des martyrs, Pantaléon est ici accompagné d’un clerc donateur agenouillé à ses pieds.

Le curé de la paroisse est nommé par l’évêque de Langres, diocèse dont dépend Ravières jusqu’à la Révolution.

ARCHITECTURE

L’édifice actuel date en grande partie de la fin du XIIe ou du tout début du XIIIe siècle, mais sa façade fut profondément transformée par la mise en place au début du XVIe siècle d’un grand portail de style gothique flamboyant orné de trois statues : les saints Pantaléon, au centre, et Jean-Baptiste à droite, datent du XVIe siècle, tandis qu’à gauche, le roi saint Louis portant la sainte Couronne d’Epines est une réalisation du XIXe siècle. Le décor foisonnant de l’encadrement du portail est peuplé de quelques créatures intrigantes, dragon ou singe musicien…

Deux des quatre angles du niveau supérieur du clocher, surélevé au XVIIe siècle, sont occupés par des statues. Au nord-ouest (à gauche) figure un pèlerin, très probablement saint Roch, le grand « antipesteux » traditionnellement honoré dans une chapelle à son nom situé non loin du bourg et objet jadis d’un important pèlerinage ; au sud-ouest (à droite) le petit cochon au pied du saint permet d’identifier ici saint Antoine dit « le Grand » dit « l’Ermite » ou « du Désert ». L’ordre hospitalier des Antonins, placé sous son patronage, tirait une partie de ses revenus de l’élevage des porcs.

Le chœur, avec sa travée droite et son sanctuaire à chevet plat, sont pleinement de tradition romane, comme le montre la voûte continue en berceau brisé ainsi que les deux arcades latérales en plein cintre. La grande baie du chevet, en gothique « XIIIe siècle », pourrait-être en réalité une création du XIXe.

La nef, probablement érigée peu après le chœur, rend bien compte de la transition entre l’époque romane, marquée par les grandes arcades en arc brisé qui la séparent des bas-côtés, et l’époque gothique, caractérisée par les croisées d’ogives du voûtement.

Il semble que les bas-côtés d’origine aient été revoûtés au XVIe siècle. Remarquez plusieurs culots d’ogives aux motifs plutôt curieux et énigmatiques.

Seule, la première travée a été entièrement reconstruite à cette date, lors de la mise en place du nouveau portail de façade. Ses piliers ondulés et l’absence de chapiteaux pour recevoir la retombée des ogives de la voûte illustrent bien le gothique dit « flamboyant ». Remarquons le petit escargot qui sert de culot à la retombée d’une des ogives ce cette travée.

MOBILIER REMARQUABLE

Deux statues du XVIe siècle, l’archange Gabriel et la Vierge, replacées au-dessus de l’autel du bas-côté nord au XIXe, proviennent d’une Annonciation monumentale dont l’emplacement originel reste inconnu.

Le pilier de gauche de la première travée de la nef porte l’inscription relatant les ravages provoquées à Ravières par les guerres de religion (XVIe s .). On y lit :

1591

Le XXII de septembre

Ravières fust déma(n)telé

et le III de novembre

L’eglise et la ville pillées

Cela pourrait relater la lutte entre les partisans de la Ligue, le parti des ultra-catholiques, et ceux du nouveau roi, Henri IV, ancien protestant converti pour accéder au trône …

Une inscription sur pierre, datée du tout début du XVIIIe rapporte la fondation d’un office religieux annuel par un habitant de Ravière qui s’élève ainsi contre les « débauches » qui entachent le carnaval, dont les festivités précèdent l’entrée dans la Semaine Sainte.

Deux vitraux méritent une attention particulière :

– au chevet, les trois lancettes (XIX es.) se rapportent à la vie de saint Pantaléon (de gauche à droite) : le saint guérit un malade sous les yeux de son père qui se convertit ensuite / Il est amené devant le gouverneur romain et refuse de trahir sa foi / Pantaléon est ensuite décapité

– au côté nord (gauche) du chœur, une baie datée de 1946 rend hommage à l’Archange saint Michel « Libérateur » de la paroisse.