L'Église Saint-Pierre-aux-Liens - Préhy

HISTOIRE

Le nom du territoire apparaît dans nos archives en 866, sous la forme de « Pradilis », quand le roi Charles III dit « le Gros » donne cette terre en récompense à l’un de ses fidèles, un certain Bernilon; au Xe siècle, Héribert, évêque d’Auxerre (971-995), cède l’église aux Bénédictins de la puissante abbaye St-Germain de sa ville. Cette église est placée sous le vocable de Saint-Pierre-aux-Liens, comme l’atteste le bas-relief qui décore le devant de l’autel majeur.

ARCHITECTURE

Le modeste édifice conservé a été bâti en style gothique « flamboyant ». Mais, en réalité, seuls le chœur, les croisillons du transept et la tour du clocher sont d’origine. Attestée en mauvais état depuis le XVIIIe siècle , l’édifice est fermé en 1857. L’ensemble est restauré, ou, comme la nef et la façade, reconstruits dans le style, de 1863 à 1875 (Photo 1).

MOBILIER REMARQUABLE

La clef de voûte du croisillon nord, du XVIe siècle, représente l’Assomption de la Vierge, portée au ciel par des anges.

Deux belles peintures murales de la première moitié du XVIe siècle ornent le croisillon sud du transept :

Saint Eloi et le miracle du cheval ferré

Patron des orfèvres, des métiers du métal, des forgerons et des maréchaux-ferrants, et donc celui des agriculteurs, Eloi, qui a vécu au VIIe siècle, est confronté à un cheval qui ne veut pas se laisser ferrer. Le saint enferme alors l’animal dans un « travail » (cadre en bois destiné à maintenir l’animal) et, miraculeusement, lui détache les pieds, les ferre et les remets en place, sans aucune douleur.

Les symboles des Antonins

Fondé vers   sous le patronage de saint Antoine Ermite (dit aussi « le Grand », ou « du désert » ou bien encore « d’Egypte »), l’Ordre des Antonins est un ordre hospitalier, spécialisé dans le soin apporté aux malades atteins du « mal des ardents » ou « feu Saint-Antoine ». Le panneau peint, peut-être un ex voto d’un malade guéri, ou demandant guérison, regroupe tous les symboles de l’Ordre :

– les flammes du « feu » de la maladie qui brûle les chairs des victimes de cet empoisonnement provoqué par l’ergot qui contamine le seigle quand la saison de récolte est trop humide.

– les mains et les jambes que la maladie nécrose irrémédiablement

– Le Tau (T), le signe qui protège les Hébreux captifs en Egypte de l’épidémie que Dieu envoie sur le pays pour le punir du refus de pharaon de les libérer

– le cochon portant une clochette dorée au cou (en bas à droite). Les Antonins avaient reçu le privilège de laisser errer leurs porcs, que les fidèles pouvaient ainsi nourrir de leurs déchets ; les religieux en tiraient profits (viande et graisse destinée à l’élaboration des onguents destinés aux malades, peau à parchemin). La clochette portait le nom de l’abbaye à laquelle l’animal appartenait.

Le porc est ainsi devenu le symbole de saint Antoine « le Grand ».

D’autres peintures, des XVI et XVIIe siècle restent à découvrir sous les enduits modernes, comme le montrent les sondages réalisés il y a quelques années.

Le devant d’autel, daté du XIXe siècle, présente des épisodes de la captivité de saint Pierre dans la prison de Jérusalem, où il est enchaîné (St-Pierre-aux-Liens) ; il en est délivré par un ange, selon le récit donné par la Bible, au livre des Actes des Apôtres.

TRADITIONS, LEGENDES & CURIOSITES

L’isolement de l’église par rapport au village pose question. Mais le récit local, d’ailleurs assez récent, veut que les habitations aient été déplacées suite à une peste, l’église se trouvant alors isolée. Outre qu’elle ne repose sur aucun fondement historique et documentaire, cette fable est incohérente. Pourquoi déplacer un village de 200 m ? Pourquoi sans l’église ? S’il avait fallu déplacer villes et villages après une épidémie, aucune ville, Paris comme Marseille par exemple, ne serait aujourd’hui à son emplacement d’origine…

L’hypothèse la plus crédible est la suivante : à l’origine simple chapelle rurale, en marge du bourg qui dépendait alors de la paroisse de Courgis, l’église devint, probablement au XVIe siècle, siège d’une paroisse autonome.