L'Abbaye de Pontigny

HISTOIRE

Fleuron de l’architecture cistercienne des XIIe et XIIIe siècle, l’église abbatiale reste le principal vestige de la célèbre abbaye Notre-Dame fondée là en 1114. Le 30 ou 31 mai de cette année, un groupe de moines, conduit par Hugues de Macon, compagnon de saint Bernard et futur évêque d’Auxerre, s’installait en ces lieux. Ainsi naquit la seconde des quatre « fille » de Cîteaux, après La Ferté (1113), et peu avant Morimond et Clairvaux (1115).

Pillée par les troupes anglaises d’Edouard III, au cours de la Guerre de Cents Ans, puis par les Protestants en 1567 et 1569 pendant les guerres de Religion, l’abbaye fut en très grande partie détruite par la Révolution ; seuls en réchappèrent le bâtiment de frères convers, fortement remanié au XIXe siècle, et surtout la superbe église abbatiale, aujourd’hui paroissiale.

Fondée en 1843, la congrégation des Pères de St-Edme, vouée à l’évangélisation des campagnes, y installa son siège ; après son expulsion en 1901, les bâtiments furent rachetés par Paul Desjardins qui y organisa des rencontres philosophiques et littéraires connues sous le nom de « décades de Pontigny ». En 1947, le site fut occupé par un collège franco-américain, puis, en 1954 par le séminaire de la Mission de France, qui ferma ses portes en 1968. L’ADAPT, centre de formation pour handicapés, s’y installa alors. Rachetés par la Région Bourgogne en 2003, les bâtiments, église exceptée, furent vendu en 2022 à la fondation Schneider, qui y met aujourd’hui en place un projet touristique et culturel.

ARCHITECTURE

Chef d’œuvre absolu des arts roman et gothique, l’abbatiale, longue de 108 m (119 avec son porche), est aujourd’hui la plus grande église cistercienne du monde. Le bâtiment est issu de deux campagnes de construction ; de la première, menée vers 1138-1150, subsistent le porche, la nef et le transept. Mais l’élévation de la nef a été modifiée en cours de chantier avec la mise en place de voûtes d’ogives, parmi les premières de Bourgogne, à la place des voûtes d’arrêtes prévues à l’origine, comme au transept. Cette première phase est caractérisée, à l’extérieur, par la présente de contreforts épaulant la nef. La seconde étape est marquée par la reconstruction du chœur en style gothique, vers 1180. Inondé de lumière, cette ample structure, dotée d’un déambulatoire et de chapelles rayonnantes, se caractérise, à l’extérieur, par l’emploi de puissants arcs-boutants.

MOBILIER REMARQUABLE

Les impressionnantes stalles en bois de 1676 forment le choeur liturgique des moines et les superbes grilles en fer forgé doré qui clôturent le chœur datent des XVIIe (transept) et XVIIIe siècles (sanctuaire).

Le grand orgue résonne de nouveau depuis sa rénovation intégrale en 2024. La tribune en pierre, du début du XVIIIe, reçut en 1775 cet instrument daté de 1647 et acheté à l’abbaye St-Pierre de Châlons-en-Champagne.

Surmontant l’ancien maître-autel, le monumental reliquaire porté par des anges abrite encore aujourd’hui les reliques de saint Edme, archevêque de Canterbury, inhumé à Pontigny en 1240 ; l’ensemble est réalisé en 1759.

Placée dans le bras sud du transept, la célèbre statue en pierre polychrome de la Vierge dite « au manteau » est une oeuvre du XVIe siècle. Marie protège les fidèles agenouillés à ses pieds. Gravée sur le socle, l’inscription « Monstra te esse matrem » (montre que tu es une mère), extraite de l’« Ave maris stella », célèbre hymne mariale a été attribuée à saint Bernard.