L'Abbaye de Quincy
HISTOIRE
Notre-Dame de l’Assomption de Quincy est la sixième « fille » de Pontigny, la grande abbaye cistercienne d’où sont issus les douze moines qui fondent le nouveau monastère le 21 avril 1133. Primitivement implantée sur le territoire de l’actuelle commune de Quincerot, à une quinzaine de kilomètres du site de Quincy, la jeune communauté se déplace, avant 1138, sur un nouvel emplacement, dans le « Val de Quenouille » ; ce transfert se justifie certainement par la présence dans ce vallon humide du ru de Mélisey qui apporte l’eau nécessaire à la vie quotidienne et économique des moines.
La fondation monastique est soutenue, tout au long des XIIe et XIIIe siècles, par l’aristocratie locale, mais aussi par les ducs de Bourgogne ou les comtes d’Auxerre. Le roi Louis VI apporte son concours à l’édification de l’église abbatiale, consacrée en 1139. Les donations, de terres ou de divers biens, permettent aux moines de disposer à la fin du Moyen Âge, de dix-sept « granges » (fermes), de quatre « celliers » (exploitations viticoles) et d’une pêcherie. Leurs vignes se développent sur le Tonnerrois (Epineuil), le Chablisien et l’Auxerrois.
La guerre de Cent Ans et la peste qui ravagent le pays au XIVe siècle poussent ensuite les religieux à vendre une partie de leurs biens pour assurer la survie du monastère. Mais ce sont les guerres de Religion qui portent un coup sévère à l’établissement. Le cardinal Odet de Châtillon, alors abbé commendataire de Quincy, passe à la Réforme protestante et provoque en 1568 la mise à sac de l’abbaye ; ses moines sont massacrés et les bâtiments incendiés ; une partie de la nef de l’église abbatiale est ainsi détruite.
En 1790, les quatre derniers moines présents sont chassés de leur abbaye qui est mise en vente l’année suivante, au titre des biens nationaux ; les bâtiments sont alors progressivement détruits, comme le cloître et l’église vers 1850, les autres abritant une exploitation agricole dépendant du château de Tanlay et qui demeura en ces lieux jusque dans les années 1990 ; l’abbaye, avec ses jardins, fait depuis l’objet d’une opération globale de restauration.
ARCHITECTURE
Aujourd’hui isolé, du fait de la disparition du cloître, dont il formait l’aile orientale, le « bâtiment des moines » présente une façade de style « classique », réalisée vers 1640 ; mais celle-ci masque en réalité une superbe salle capitulaire de style gothique, ainsi qu’en témoignent les voûtes d’ogives datée du tout début du XIIIe siècle.
Situés plus à l’ouest, un corps de logis composé de trois bâtiments et d’un tour d’escalier semble avoir été à l’origine une hôtellerie destinée à recevoir visiteurs et pèlerins puis l’hôtel privé de l’abbé, comme le suggère l’édification hors d’œuvre, à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle, d’une tour d’escalier ; on y accède par une belle porte de style flamboyant ; à l’intérieur, une élégante voûte au réseau complexe de nervures coiffe son sommet.
TRADITIONS, LEGENDES & CURIOSITES
A environ 200 m à l’est des bâtiments, une longue « salle » souterraine, creusée dans la roche, ne cesse d’intriguer. Il s’agit ici d’une sorte de « cellier » ou peut-être de « glacière » aménagée dans une ancienne galerie de carrière certainement mise en service lors de la construction de l’abbaye aux XIIe-XIIIe siècles.
De la « fontaine Saint-Gauthier » sort encore de nos jours l’eau qui, grâce à un réseaux de canaux, alimentait jadis l’abbaye. La statue du saint a été installée sur un bloc de huit colonnettes à chapiteaux du XIIIe siècle provenant de l’ancienne église abbatiale. La vie de ce Gauthier reste très mal connue ; il semblerait qu’il s’agisse d’un des abbés de Quincy au XIIe siècle. A la Révolution, ses reliques, vénérées jusque-là dans l’église abbatiale, sont sauvées par le curé de Commissey qui les dépose dans son église où elles sont toujours conservées.